Société
Trogui: le village où même les voleurs portent des titres officiels
C
contact@nimba24.com
Journaliste
31 March 2026
456 lectures
À Trogui, village de la sous-préfecture de Mahapleu,il ne faut plus chercher les voleurs… ils se présentent eux-mêmes, avec signature et fonction à l’appui. Oui, vous avez bien lu. Dans ce village autrefois paisible, le ridicule le dispute désormais au scandale. La preuve ? Une reconnaissance écrite, digne d’un mauvais scénario, dans laquelle le président des jeunes et un représentant de la chefferie avouent, sans trembler, avoir volé… un cabri. Une scène qui ferait sourire si elle ne révélait pas une réalité bien plus sombre : à Trogui, le vol est devenu une institution. Car le cabri n’est que la partie visible de l’iceberg. Derrière cet aveu presque banal se cache un mal profond : les plantations de cacao ou de bananes ne sont plus épargnées. Des récoltes disparaissent mystérieusement, souvent de nuit, parfois en plein jour, laissant les producteurs démunis. Le fruit de mois de travail s’évapore, comme par …
ite, digne d’un mauvais scénario, dans laquelle le président des jeunes et un représentant de la chefferie avouent, sans trembler, avoir volé… un cabri. Une scène qui ferait sourire si elle ne révélait pas une réalité bien plus sombre : à Trogui, le vol est devenu une institution.
Car le cabri n’est que la partie visible de l’iceberg. Derrière cet aveu presque banal se cache un mal profond : les plantations de cacao ou de bananes ne sont plus épargnées. Des récoltes disparaissent mystérieusement, souvent de nuit, parfois en plein jour, laissant les producteurs démunis. Le fruit de mois de travail s’évapore, comme par enchantement… ou plutôt par organisation.
Ici, planter devient un acte de foi. Entre les cabris qui disparaissent et les cabosses de cacao ou les régimes de bananes qui s’envolent, les habitants se demandent s’il vaut encore la peine de cultiver. « À Trogui, tu sèmes pour nourrir les autres », ironise un villageois, mi-amusé, mi-désabusé.
Mais le plus choquant reste ailleurs : ceux-là mêmes qui devraient protéger les biens et garantir l’ordre sont désormais pointés du doigt. Quand les “autorités” deviennent les acteurs des dérives, c’est toute la notion d’exemplarité qui s’effondre. Le respect des institutions locales prend un coup, et avec lui, la confiance de toute une communauté.
À ce rythme, certains suggèrent déjà, non sans sarcasme, de créer une “coopérative officielle des voleurs de Trogui”, tant l’organisation semble rodée. Une blague ? Pas vraiment. Car derrière l’ironie se cache une colère bien réelle.
Face à ce naufrage moral, une question brûle les lèvres : qui pour redresser la barre ? Beaucoup appellent à des décisions fortes, à commencer par l’éviction immédiate des personnes impliquées de toutes les instances du village. Car on ne peut pas confier la gestion d’une communauté à des voleurs.
Trogui est aujourd’hui à la croisée des chemins : continuer sur cette pente glissante où tout se vole, même la dignité, ou opérer un sursaut salvateur.
En attendant, une chose est sûre : à Trogui, mieux vaut garder un œil sur ses cabris… et l’autre sur son champ de cacao.
Franck Sami
Partager cet article :